En Libye, un changement significatif fragilise l’équilibre instable des institutions. Mardi 6 octobre 2026, le président du Parlement libyen, Agila SALEH, a été destitué après douze ans passés à la tête de l’institution. Comme l’indique le porte-parole du Parlement, les députés ont voté son remplacement par Al-Salhin Abdelnabi al-Obeidi.
Plongée dans une instabilité chronique depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye reste marquée par de profondes divisions politiques. Cette décision s’inscrit dans un contexte de fortes tensions. Le pays reste divisé entre un gouvernement reconnu par l’ONU, basé à Tripoli et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et une administration rivale installée dans l’Est et soutenue par le maréchal Khalifa Haftar, figure incontournable du camp oriental.
Selon de nombreux observateurs, ces derniers mois, le poids politique d’Agila SALEH, allié du clan Haftar, aurait commencé à reculer, notamment face aux tensions internes au sein du clan.
Les fils de Khalifa Haftar, en particulier Saddam Haftar, chercheraient à renforcer leur contrôle sur les décisions politiques et militaires dans l’Est. Dans ce contexte, Agila SALEH paraissait s’affaiblir, ce qui pourrait constituer un signal adressé à la fois au Parlement et aux différentes factions encore en compétition.
Pour Emadeddin Badi, analyste à Chatham House, cette évolution pourrait traduire une « centralisation de la prise de décision » autour du clan Haftar. En d’autres termes, le Parlement serait de plus en plus intégré à une logique de gouvernance dominée par l’entourage du maréchal.
Face à cela, un projet américain visant à relancer le processus politique et à réunifier les institutions libyennes est en discussion. Cependant, dans un pays où les rivalités demeurent structurantes et où l’unité institutionnelle tarde à devenir une réalité, ce nouveau rebondissement pourrait compliquer, ou au contraire accélérer, les négociations en cours.
Souvent, en Libye, un changement à la tête des institutions n’annonce pas seulement un renouvellement de personnes : il annonce surtout un déplacement des rapports de force.
Savior BOKOSSA (stagiaire)


